Hausser la possibilité de créer des emplois en forêt
2013-09-30

Ce texte présente de larges extraits des commentaires de Forêt modèle du Lac-Saint-Jean sur la possibilité forestière préliminaire présentée par le Forestier en chef du Québec le 27 juin dernier au Château Roberval.

 

Monsieur Gérard Szaraz,

Forestier en chef, Québec

 

Suite aux calculs préliminaires de la possibilité forestière que vous avez présentés en juin dernier, Forêt modèle du Lac-Saint-Jean (FMLSJ), en tant qu'organisme dont la mission première est de développer des  solutions innovantes et diversifiées pour la pérennité d’une industrie forestière viable au Lac-Saint-Jean, aimerait vous faire part de ses constats.

À première vue, si l’on considère l'évolution globale de la possibilité forestière pour notre région, on pourrait conclure que finalement on ne s'en sort pas si mal. En effet, une diminution globale de 1 % sur l'ensemble des essences et une très légère augmentation de 1 % pour le groupe d'essences SEPM constituent en quelque sorte un statu quo, alors que certains avaient craint que le résultat soit plus négatif.

Cependant, si l’on pose sur la situation un regard plus systémique, en incluant dans les paramètres d'analyse les concepts de développement régional, de pérennité des communautés forestières et d'occupation dynamique du territoire, on constate que la possibilité forestière telle que proposée ne laisse aucune place au développement, qu'il soit issu de la grande industrie traditionnelle, des PME ou des communautés elles-mêmes. Ainsi, les emplois liés à la forêt vont diminuer de manière significative à moyen terme, et cela même si on réussissait à assurer à l'industrie les mètres cubes qu'elle réclame pour garder son niveau actuel de production, lequel, nous croyons utile de la rappeler, reste très en bas de la capacité optimale des installations actuellement en place. De 2004 à 2010, les emplois générés au Québec par l'industrie des produits en bois et des pâtes et papier sont passés de 34 141 à 23 661, soit une diminution de 30,7 %[1], car la seule façon d'augmenter la rentabilité des entreprises et les retours aux actionnaires est de réduire au maximum les coûts de main-d'oeuvre et autres coûts de production, notamment via une utilisation accélérée des moyens technologiques et une épuration sans merci des secteurs faibles.

Pour les communautés forestières qui constituent la grande majorité de l'occupation périphérique du territoire québécois, deux défis énormes se posent. Premièrement, il faut tenter de préserver les emplois forestiers existants.Cela passe de manière incontournable par une augmentation suffisante de la possibilité forestière, puisque les usines sont de plus en plus performantes et demandent donc plus de matière première pour produire à un niveau plus élevé. En cela, la lente reprise du marché du bois d'oeuvre valide cette approche, le marché semble se rétablir et il ne faut pas rater l'occasion et s'en exclure par manque de matière ligneuse. Deuxièmement, quoi que l’on fasse, les emplois ne seront plus majoritairement créés par la grande industrie, tel que démontré plus haut. Il faut donc créer de nouveaux emplois. Ceux-ci seront issus notamment des opportunités d'affaires crées par le développement de nouvelles gammes de produits à haute valeur ajoutée, l'utilisation d'essences jusqu'ici négligées, le développement d'une industrie des extractibles à partir de la biomasse (écorces et autres), la mise sur pied d'une industrie des produits forestiers non ligneux innovatrice et viable. Mais encore faut-il que les promoteurs et innovateurs locaux aient accès à la ressource ligneuse et non ligneuse de manière suffisante. On aura beau mettre une bonne proportion du bois aux enchères, expérimenter les forêts de proximité ou autres, on n'arrivera à rien si la ressource n'est pas là à cause de l'établissement de larges zones protégées.

Afin de nous assurer que la possibilité forestière de notre région soit suffisante pour permettre à l'industrie en place de prospérer, tout en donnant une chance au développement endogène, nous croyons tout d’abord que l’approche généralement privilégiée pour le calcul des zones protégées devrait être modifiée. Présentement, l’approche consiste à juxtaposer les zones, c'est-à-dire d'ajouter constamment du territoire. On ajoute donc régulièrement des éléments baissiers sur le calcul de la possibilité forestière. Nous suggérons plutôt de superposer les zones. Par exemple, les bandes riveraines pour être incluses dans ces zones protégées. C'est essentiellement ce qu'elles sont, en fait. On tiendrait par le fait même compte de la cohabitation naturelle des espèces dans ces espaces. Notre territoire d'application est parmi ceux comprenant le plus de lacs et de rivières au Québec; ne pas en tenir compte peut être considéré comme inéquitable pour notre région par rapport à d'autres, moins bien dotées en plans d'eau. Si on inclut les bandes riveraines dans le calcul de nos zones protégées sur le territoire de la Forêt modèle du Lac-Saint-Jean, on arrive à un total de 17 %, ce qui dépasse déjà largement le 12 % qui est la cible de notre gouvernement provincial. On atténuerait ainsi de manière significative l'impact de ce facteur dans le calcul.

Également, sur la question de l’aménagement et des travaux de reboisement, le projet de caractérisation des plantations réalisé en collaboration par notre Forêt modèle et le Ministère des Ressources naturelles de 2012 à 2013 a démontré que des interventions ciblées et pertinentes de reboisement et d'aménagement forestier donnent des résultats probants dans la santé de notre forêt et dans sa productivité en matière ligneuse. Comme le démontre le rapport de notre projet, les pratiques sylvicoles, telles que le reboisement, peuvent par le fait même contribuer à augmenter la productivité forestière. Nous croyons donc très pertinent de faire cheminer ces résultats auprès des instances gouvernementales pertinentes et de viser à renforcer les mesures et les budgets destinés aux travaux sylvicoles, et plus précisément au reboisement.

Finalement, nous suggérons aussi d'inclure dans le calcul de la possibilité forestière plus d'intrants reliés à la possibilité totale, et pas seulement celle de matière ligneuse, car parfois l'impact économique à l'hectare sera beaucoup plus prononcé grâce à une exploitation des produits forestiers non ligneux (champignons, petits fruits, plantes médicinales autochtones, sans oublier tous les produits dérivés à haute valeur ajoutée qui peuvent en être extraits) que par la récolte traditionnelle de la matière ligneuse.

Forêt modèle du Lac-Saint-Jean se pose en collaborateur et en critique constructif du bureau du Forestier en chef. Nous espérons que ces contributions seront prises en compte pour le calcul final de la possibilité. Nous ne pourrons jamais trop insister sur l'importance cruciale de l'accroissement de cette possibilité pour permettre le développement harmonieux et viable de nos communautés forestières.

 



[1]
Tous les chiffres cités viennent de l'Institut de la Statistique du Québec, données sur l'activité économique, 2012.

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