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LeForêtmodéliste

La petite séduction camerounaise

2009-08-17

 Au début de notre séjour au Cameroun, notre amie Hélène, la présidente de la plateforme des femmes (PLAFERCAM), nous a invités à aller visiter son champ dans son village natal. Cette proposition, qui semblait à prime abord plutôt banale, allait se transformer en une expérience culturelle haute en couleur. Au lieu d’une petite balade en forêt, les trois villages avoisinants s’étaient réunis pour nous accueillir et nous faire vivre une petite séduction, version camerounaise. 

On roule depuis plus de trois heures sur une route de terre en pleine brousse. Les maisons de terre battue des villages Bantous et les huttes des Pygmées Baguelis se succèdent. On s’arrête pour acheter des noix de coco et pour céder la route à un grumier qui ne transporte que trois arbres gigantesques. On emprunte alors une route secondaire où nous sommes submergés par les plants de bambous qui recouvrent chaque côté de la route. 

Au bout de la route, nous atteindrons le village d’Hélène, Efulon 2 (qui signifie là où les gens se rencontrent) – plusieurs villages ont les mêmes noms alors on les différencie avec des chiffres, 2 dans ce cas ci. À notre passage, tous les enfants se mettent à courir pour se rassembler au bout de la route. Ce ne sera pas une petite visite incognito… 

Trois villages, dont le village autochtone des Pygmées Baguelis, se sont réunis pour nous accueillir au rythme des tambours et des chants camerounais. Les jeunes enfants, maquillés de points blancs sur la figure et sur tout le corps, font la danse des esprits. Plus loin, les adultes dansent une sorte de valse traditionnelle bantoue, alors que les esprits des Pygmées Baguelis déambulent sous un feuillage de brousse en imitant les gestes des animaux de la jungle. Il se passe beaucoup trop de chose pour tout capter. L’énergie est palpable. On sait que l’on est en train de vivre quelque chose d’extraordinaire. On s’imagine souvent l’Afrique comme étant pauvre, mais un moment comme celui-là nous fais réaliser à quelle point elle est riche culturellement. 

Après un festin de luxe avec les chefs traditionnels, nous sommes partis au champ accompagné de toutes les femmes du village. Toutes vêtues de robes africaines aux milles et unes couleurs, un panier en osier sur le dos et équipées d’une machette, elles commencèrent à chanter à notre départ et ne s’arrêtèrent qu’à notre retour, près d’une heure plus tard. Les femmes travaillent toujours ensemble afin de rendre le travail moins monotone. Ça fonctionne, car j’avais bien envie de me mettre à chanter et de travailler avec elles. Alors, elles ont planté le manioc et ramasser du bois pour la maison et nous sommes retournés au village. Déjà, après trois heures bien remplies, c’était le temps de repartir, comblés, charmés par ce petit village qui s’était mobilisé pour nous dire bonjour. 

La brousse est généreuses et les peuples de la brousse n’ont jamais manqué de rien. Mais voilà qu’aujourd’hui, on leur apprend qu’«il ne sera plus possible de vivre de la chasse. Il est interdit de chasser cet animal. Tu peux chasser pour manger, mais pas pour vendre.» Jadis, les habitants de la brousse éduquaient leurs enfants grâce aux profits générés par la vente de la viande. Ils se demandent aujourd’hui « comment vais-je payer pour envoyer mes enfants à l’école sans la chasse?». Alors que les réponses se font toujours attendre, les conditions régressent dans les villages, où, pour le moment, certains enfants n’ont pas accès à l’école, faute de moyens. 

Et c’est à cet endroit où interviennent les forêts modèles, pour harmoniser les usages de la forêt et permettre aux communautés de vivre de la forêt. Comme vous avez pu le constater dans cette chronique, il existe un potentiel ethno touristique incroyable et qui demeure sous-exploité au Cameroun. 

Il y a de multiples bénéfices à tirer de la forêt. Au moment où le monde se transforme, il faut être créatif pour générer de nouvelles activités économiques qui permettront aux communautés de créer de la richesse localement. La Forêt modèle du Lac-Saint-Jean a donc décidé de miser sur la création de micro-entreprises afin de générer des profits qui pourront être réinvestis. Déjà, une entreprise de confection de stylos en bois haut de gamme à vu le jour. Plusieurs autres pistes, telles le développement d’huiles essentielles et l’élevage d’escargots géants, offrent un fort potentiel de développement et nécessiteraient des investissements mineurs. 

Plusieurs personnes se demandent : «mais pourquoi investir dans les forêts africaines quand c’est la crise forestière ici?» Avec le potentiel de financement des activités de développement international, la FMLSJ est en excellente position pour créer des emplois localement afin de partager notre expertise et rayonner à l’international. 


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