Les stylos de l'espoir
2009-11-02

Un stylo fait en bois est un cadeau banal pour la majorité des gens! Mais, pas pour Patrice Pa’ah. Quand Stéphane Turcot, de la Forêt modèle du Lac-Saint-Jean (FMLSJ), lui a remis un stylo de la FMLSJ, il a tout de suite vu le potentiel de développement que pourrait générer la confection de stylo en bois dans les communautés de la forêt modèle de Dja et Mpomo (FOMOD). Un projet de coopération internationale mobilisateur si intéressant que les deux forêts modèles le présenteront au Congrès forestier mondial présenté à Buenos Aires en Argentine du 18 au 23 octobre prochain.
Le Réseau international de forêts modèles (RIFM) suit de très près le développement de cette initiative prometteuse qui peut facilement être reproduite un peu partout dans le monde. « Ce projet peut aider les communautés forestières à développer une nouvelle économie et ainsi créer un levier de développement», a commenté Colette Robertson présidente de la FMLSJ. En finançant la mission conjointe des deux forêts modèles, le RIFM souhaite dynamiser les petites initiatives de développement local.
Depuis des années, les forêts communautaires camerounaises gèrent de petits espaces forestiers n’excédant pas 5000 ha pour plusieurs usages dont la coupe de bois. Mais, la taille des arbres fait en sorte que lorsque la quantité de planches nécessaire a été récoltée, des énormes résidus forestiers demeurent en forêt et pourrissent. « Considérant la taille des arbres tropicaux, la récupération et la transformation des résidus forestiers présentent un potentiel intéressant pour le développement économique communautaire. Nous voulons faire en sorte que les forêts modèles deviennent de véritables entreprises durables pour les communautés », raconte M. Pa’ah, secrétaire exécutif de la FOMOD.
Lors de leur rencontre au Forum global des forêts modèles présenté à Hinton, Alberta, en 2008, M. Turcot était loin de se douter qu’un simple stylo de bois allait foudroyer M. Pa’ah d’un éclair de génie. « Voilà ce qui va aider ma communauté à se développer », s’est-il dit. De son côté, M. Turcot a cru au projet dès les premiers instants. Six mois plus tard, en janvier 2009, il s’envolait pour le Cameroun avec Colette Robertson, présidente de la FMLSJ, pour la première mission de coopération internationale de la FMLSJ. Le but de la mission : créer des ponts avec les forêts modèles camerounaises, mais plus encore, créer une microentreprise de développement local axé sur la fabrication de stylos en bois.
Pour ce faire, la FMLSJ a facilité le transfert des technologies et des matériaux adaptés aux besoins de la FOMOD (tour à bois, colle à l’uréthane, couteaux, etc.) ainsi que l’expertise nécessaire à la confection de crayons. « J’ai suivi un cours avec un tourneur de bois de Saint-Félicien avant de partir. Nous avons filmé toutes les étapes de la confection de stylos et cinq minutes après la première leçon, tous les élèves avaient dépassé le maître », raconte M. Turcot en riant. Les ébénistes de la commune de Lomié ont tout de suite pris goût à la fabrication de stylos en bois. M. Alain LOMI, ébéniste, raconte qu’« il faut beaucoup moins de temps et moins de matériel pour fabriquer un stylo qu’un lit et les profits sont beaucoup plus intéressants ».
Plusieurs sceptiques n’ont pas cru au projet. Mais les 200 premiers crayons se sont vendus comme des petits pains chauds… à plus de 25 $ l’unité, créant ainsi plus de 3000 $ de profit qui servira à lancer une entreprise de confection de stylo en bois haut de gamme. Lors de la Conférence Internationale sur Tenure Forestière, Gouvernance et Entreprise Nouvelles Opportunités pour l’Afrique de l'Ouest et Centrale organisée à la fin mai 2009 à l’Hôtel Mont Fébé à Yaoundé au Cameroun, les représentants de plusieurs ministères camerounais se sont arraché les stylos, leur offrant une carte de visite représentant la vivacité et la diversité camerounaise. « Tous les acheteurs étaient surpris que ces superbes crayons aient été fabriqués à Lomié, une petite commune loin de la capitale. C’est la preuve que les régions ont leur place à prendre dans le développement économique du pays », a renchéri M. Pa’ah.
L’entreprise de fabrication de stylo haut de gamme est en train de se structurer. « Nous avons de nombreux défis à relever. Nous devons lancer une image de marque, assurer la qualité du produit, faire des inventaires, développer notre clientèle, mais pour le moment, le carnet de commandes est bien rempli. » En effet, le Réseau international de forêts modèles a commandé 300 stylos pour un évènement qui aura lieu au Congrès forestier mondial en Argentine en octobre 2009. « Nous apprenons rapidement à structurer l’entreprise et notre marge de manœuvre a augmenté considérablement avec les profits générés. Dans la communauté, nous fondons beaucoup d’espoir sur ce type de produits pour développer une nouvelle vision de l’économie rurale au Cameroun », a conclu M. Pa’ah.